Les Assises du livre numérique, vers un second âge du livre numérique ?

Nous étions présents aux dernières Assises du livre numérique, ce 13 novembre 2015. Nous avons choisi de vous présenter la table-ronde qui a réuni trois acteurs européens du livre numérique (« Tout ça pour ça ? »). Celle-ci était modérée par Fabrice Piault, rédacteur en chef de Livres Hebdo, et mettait en regard les propos de Michael Bhaskar, cofondateur et directeur d’édition de Canelo Digital Publishing, Marcello Vena, consultant italien spécialisé dans l’édition et l’innovation, et Jens Klingelhöfer, directeur d’un edistributeur indépendant allemand. Trois points principaux ont retenu notre attention.

 

Penser le numérique comme un marché spécifique

La lecture numérique connaît des développements différents non seulement selon les pays mais aussi selon les genres littéraires. D’emblée Michael Bhaskar a souligné qu’en Angleterre, des genres tels la SF, le roman érotique ou encore la romance sont très plébiscités au format numérique, tandis que la littérature reste majoritairement lue en format papier. Il en est de même au sein du marché français. Les lecteurs n’ont pas les mêmes attentes d’usage selon les contenus et types d’écrits, il n’est donc pas souhaitable de calquer les modèles de l’édition papier sur le numérique.

De même, Jens Klingelhöfer a souligné la nécessité de penser le prix du livre séparément de celui de l’édition traditionnelle. Un prix 20 à 30% inférieur de l’édition papier, tel qu’il est pratiqué en France, Allemagne et Italie, est considéré comme cher par les consommateurs. En revanche, au Royaume-Uni, une politique de très bas prix (un round, voire 50 cents) a favorisé leur adoption comme le rappelle Michael Bhaskar. Il faut rappeler que le Royaume-Uni n’est pas soumis à la loi du prix unique, qui régit les marchés français et italiens.

Tant Marcello Vena que Jens Klingelhöfer ont évoqué les nouveaux modèles économiques en période de test ou à inventer. Jens Klingelhöfer, qui travaillait auparavant dans l’industrie musicale, a engagé une réflexion sur le modèle de l’abonnement, proposant de prendre en compte le genre et la durée de vie du livre numérique.

 

Le téléphone mobile, le futur du livre ?

Tout au long de cette table ronde, Marcello Vena a particulièrement insisté sur l’importance de penser l’interopérabilité des fichiers afin de favoriser la lecture sur différents appareils, et plus particulièrement le téléphone portable. En effet, si les livres numériques sont bien souvent achetés sur ordinateur (qu’ils soient de bureau ou
portable), ce dernier est rarement un support de lecture. Les lecteurs privilégient les appareils nomades dans leur usage quotidien (smartphone, tablette, liseuse). Dans de nombreux pays d’Afrique, où les tablettes et liseuses sont encore peu accessibles, la lecture sur téléphone mobile est plébiscitée. Ce phénomène est à rapprocher des usages de ces lecteurs, qui profitent notamment des longs trajets quotidiens en bus pour lire via leurs téléphones. L’ONG WorldReader annonce plus de 5 millions de lecteurs en 2015 pour le seul continent africain.

La lecture sur un appareil nomade et à l’écran restreint qu’est le téléphone portable doit mener à repenser l’ensemble de la création : la conception de nouvelles écritures, des nouveaux contenus au regard des possibilités offertes par le numérique. Toutefois, Marcello Vena insiste sur la nécessité de s’attarder sur la simplicité d’usage, l’ergonomie globale pour ne pas « perdre » les lecteurs. Le numérique ne doit surtout pas être synonyme de difficulté. Il faut perfectionner l’expérience digitale afin de permettre une expérience satisfaisante de lecture.

 

Un second âge du numérique ?

Jens Klingelhöfer rejette l’opposition qui est souvent faite entre l’édition papier et numérique. Tout ce qui favorise l’accès à la lecture est une bonne nouvelle. Une idée que partage totalement Michael Bhaskar, pour qui les plateformes d’autopublication, comme Wattpad, sont un atout incroyable. Elles permettent de « nouvelles » écritures, jouant avec la réactivité de l’auteur. Reprenant des événements de l’actualité sans les délais d’impression, ou encore déroulant l’histoire-feuilleton en tenant compte des remarques des lecteurs, l’autopublication réduit la distance entre les deux extrêmes du livre, l’auteur et le lecteur.

Malgré cela, on parle aujourd’hui d’une certaine récession du livre numérique. Michael Bhaskar préfère lui parler d’une stabilisation du marché. On a atteint un seuil, et le marché du numérique ralentit, ce qui est logique, une progression exponentielle permanente étant impossible. On voit cependant émerger de nouveaux acteurs, notamment grâce à l’autoédition, sur le marché numérique. Cependant, il reste difficile de définir un modèle économique viable à long terme aujourd’hui. Pour Jens Klingelhöfer, nous arrivons dans un « second âge du livre numérique », où il est nécessaire pour les éditeurs de réellement étudier ce marché et ses quelques années d’existence, afin de comprendre la « juste » façon de faire et de vendre les livres numériques.
« More is more, ebooks don’t erode the print market. »

 

***

Découvrez l’agenda d’Effervescence qui recense les différents événements, conférences et tables-rondes sur le Livre, l’Édition et le Numérique, à vocation professionnelle.

N’hésitez pas y contribuer et à partager cet agenda-veille encore inédit en 2015.

2 thoughts on “Les Assises du livre numérique, vers un second âge du livre numérique ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


− 2 = deux